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Affaires Geagea, Denniyé, et combien d’autres encore…

Il est temps pour l’Etat libanais de reconnaître ses fautes

 

Des discussions sont en cours pour modifier la loi d’amnistie, ce qui permettrait de procéder à la libération de Samir Geagea, et éventuellement, selon certaines informations, de personnes détenues dans l’affaire de Denniyé.

En réalité, les autorités libanaises sont dans une impasse politique qu’elles ont elles-mêmes provoquée, et dont elles essaient désespérément de se sortir honorablement par un tour de passe-passe juridique, sans pour autant rendre justice. Il est en effet de notoriété publique que ces deux affaires sont marquées par des procès inéquitables, la pratique de la torture, et des détentions arbitraires, et qu’il est plus que temps de rendre justice aux victimes.

Samir Geagea, comme l’un de ses co-accusés, Gergès Al Khoury, ont été condamnés par la Cour de Justice, qui est une cour d’exception dépourvue d’indépendance et sans appel, ce qui contrevient au Pacte international sur les droits civils et politiques auquel le Liban est partie.

Ces deux personnes sont détenues dans des conditions inhumaines au Ministère de la Défense, à l’isolement depuis 11 ans, ce qui est assimilable à de la torture. Si les conditions de Samir Geagea se sont peu à peu légèrement améliorées, ce n’est pas le cas de Gergès Al Khoury, qui est toujours détenu dans un sous-sol du Ministère, dans une cellule minuscule et qui souffre de problèmes de santé sans pouvoir bénéficier des soins nécessaires. Aucune investigation n’a par ailleurs été menée sur les tortures qu’il a subies dans le but de le contraindre à signer ses « aveux ».

Dans l’affaire de Denniyé, les accusés sont également jugés par la Cour de Justice et ne bénéficient donc pas des normes d’équité prévues par le Pacte international sur les droits civils et politiques. Par ailleurs, de nombreuses informations font état de graves tortures dont ils ont été victimes dans la période précédant leur procès. L’un d’eux a témoigné auprès d’Amnesty International : « on m'a transféré au centre de détention du ministère de la Défense à Yarzé. J'étais terrorisé et je priais Dieu de me faire mourir avant mon arrivée pour qu'ils ne me touchent pas. J'ai été torturé et interrogé sans relâche sous les insultes. J'étais épuisé physiquement et mentalement, je vomissais du sang et mes urines étaient décolorées. Il m'était impossible de dormir car j'avais les mains attachées par des menottes, j'étais affamé et transi de froid… ».

Il est clair que dans ces deux affaires - et dans bien d’autres encore - les droits des accusés ont été gravement bafoués ; ces pratiques, et en particulier la torture, laissent une place immense à l’erreur judiciaire et ne garantissent absolument pas aux familles des victimes la certitude que c’est le véritable coupable qui est puni.

Le mouvement SOLIDA demande donc à l’Etat libanais de reconnaître publiquement ses fautes à l’égard de toutes les personnes concernées par ces procès, et de les réparer sans délai, notamment en libérant immédiatement tous les prisonniers politiques du Liban et les victimes d’erreurs judiciaires avérées, ce qui rendrait inutile le recours à des modifications législatives exceptionnelles et « sur-mesure », qui ne font que politiser chaque fois un peu plus la Justice libanaise.

Paris, le 18 avril 2005