|
FUNERAILLES DE DIX MILITAIRES DISPARUS
On dit communément que ce qui distingue l'Homme de l'animal c'est le fait d'enterrer ses morts et de leur rendre hommage. Ne pas pouvoir le faire est une chose insupportable, que l'on peut qualifier de torture psychologique, pour tout être humain.
Après 15 années de recherches de leurs proches disparus aux mains de l'armée syrienne, sept familles de militaires disparus ont pu les enterrer dans la dignité le 18 mars 2006, après que leurs restes aient été retrouvés et identifiés dans les terrains du Ministère de la Défense libanais à Yarzé.
Il s'agit de : Robert Aziz Bou Serhal, Joseph Halim Azar, Nabil Fahim el-Khoury, Élie Hanna Barakat, Jacques Hanna Nakhoul, Élias Youssef Aoun et Georges Mtanos Bachour.
Depuis 15 ans, suite à leur disparition lors des combats qui ont opposé l'armée syrienne à l'armée libanaise le 13 octobre 1990, les familles de ces disparus se sont battues pour obtenir des informations sur leur sort. Certaines informations indiquaient leur transfert dans les prisons syriennes, d'autres faisaient état de leur liquidation après l'arrestation, mais les autorités libanaises s'étaient toujours refusées à indiquer qu'ils avaient été enterrés dans une fosse commune en territoire libanais, vraisemblablement après avoir été exécutés peu après leur arrestation.
Leur exhumation, leur identification par des tests ADN, et les honneurs militaires qu'ils ont reçu samedi dernier à titre posthume remettent quelque peu les choses en ordre, mais soulèvent de nombreuses questions, notamment concernant la mise au jour évidente d'un crime de guerre commis par l'armée syrienne et dont les responsables devront un jour répondre, et la complicité non moins évidente des autorités libanaises qui ont laissé les familles de ces militaires dans un doute atroce durant quinze ans.
Trois autres militaires disparus lors des batailles en 1984, qui avaient également été enterrés dans cette fosse commune, ont également pu être identifiés et enterrés dignement samedi. Il s'agit de Mtanios Hanna Gergès, Jean Joseph Khoury et Milad Youssef el-Alam.
Le mouvement SOLIDA (Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement) rend hommage à ces disparus et adresse à leurs familles ses plus sincères condoléances.
Dix autres personnes ont été exhumées au Ministère de la Défense, mais leurs restes n'ont pas pu être identifiés.
SOLIDA reste vivement préoccupé par l'absence complète d'information sur les dizaines de restes humains découverts à Anjar à proximité d'un centre des services de renseignements syriens, qui ont été traités avec la plus grande négligence par les autorités libanaises, en violation des normes internationales en la matière.
SOLIDA demande avec insistance aux autorités libanaises de faire preuve de respect à l'égard des morts et des milliers de familles de personnes disparues durant la guerre et les occupations israéliennes et syriennes, qui restent dans un doute insoutenable.
Beyrouth, le 22 mars 2006