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Intervention Orale auprès du Groupe
de travail sur les disparitions forcées Au sujet de la commission d'enquête
sur les disparitions ordonnée par le gouvernement du Liban.
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Préambule
Mesdames, Messieurs,
C'est avec beaucoup de regret que je n'ai pas pu me déplacer à
Genève, ce mardi 7 mai, pour répondre à votre invitation.
Depuis 1996 le mouvement SOLIDA travaille sans relâche pour que le dossier
des disparitions forcées au Liban puisse trouver un épilogue
dans le respect des lois et des normes internationales, seules en mesure de
garantir une solution acceptable aux milliers de familles qui attendent depuis
parfois 25 ans.
Dans ce travail de tous les jours, la FIDH (Fédération Internationale
des ligues des Droits de l'Homme) est présente à nos côtés
et surtout aux côtés des comités de familles au Liban.
C'est pour cette raison qu'il nous est apparu naturel que le représentant
permanent de la FIDH auprès des Nations Unies, Monsieur Antoine Madelin,
fasse lecture de cette intervention.
Si nous avons souhaité axer notre intervention en particulier sur la commission d'enquête sur les disparitions ordonnée par le gouvernement du Liban, c'est que nous avons la quasi certitude que cette commission a été mise en place afin de museler et de paralyser le travail de recherche des familles et des ONG, sans pour autant rechercher de solutions équitables à ce drame.
Les disparitions forcées au Liban
Entre le début de la guerre du Liban et aujourd'hui, plus de 17000 citoyens libanais ont disparu.
Un grand nombre d'entre eux a été exécuté en territoire libanais et leurs corps se trouvent dans des charniers au Liban.
Plusieurs centaines d'entre eux ont été transférés dans les prisons syriennes, où certains sont toujours détenus, d'autres sont probablement décédés, mais les corps n'ont pas été rendus aux familles.
Plusieurs centaines d'autres ont été exécutés en territoire israélien, et se trouvent dans des charniers en territoire israélien.
Les dossiers présentés au Groupe de Travail sur les disparitions forcées
Le mouvement franco-libanais SOLIDA (Soutien aux Libanais Détenus
Arbitrairement) avec le soutien de la FIDH (Fédération Internationale
des ligues des Droits de l'Homme) a choisi de présenter neuf dossiers
de personnes ayant disparu au Liban entre 1978 et 1994.
Malgré que la disparition forcée , que nous préférerons
appeler détention, de ces personnes date de plusieurs années
(24 pour le plus anciens), leur familles continuent à exiger inlassablement
de l'Etat libanais et de toutes les instances internationales compétentes
que tout soit fait pour la libération de ces personnes.
Et il y a une véritable urgence à intervenir pour ces disparus
dont nous avons acquis la certitude, grâce à de nombreux témoignages,
que beaucoup sont toujours vivants, détenus au secret dans des conditions
inhumaines.
Si les familles nous ont mandatés pour saisir le Groupe de Travail
sur les disparitions forcées, c'est parce qu'elles ont l'assurance
que leur appel ne restera pas sans réponse.
La commission d'enquête sur les disparitions ordonnée par
le gouvernement du Liban
En janvier 2000, une première commission d'enquête sur les disparitions, ordonnée par le gouvernement du Premier Ministre Selim Hoss, et composée uniquement d'officiers des différents services de sécurité et de renseignements au Liban, avait confirmé l'existence de charniers non explorés au Liban et conclu au décès de l'ensemble des disparus y compris ceux qui se trouvaient en Syrie. Mais certains desdits disparus ont finalement réapparu, libérés des prisons syriennes, en décembre 2000
C'est en janvier 2001 et suite à la réaction des familles de disparus et des ONG, qu'une nouvelle commission, présidée par le Ministre d'Etat Fouad SAAD, a été ordonnée au Liban par le gouvernement de Monsieur HARIRI pour faire la lumière sur le sort des " disparus ", lorsque des éléments laissent croire que ceux-ci pourraient être encore en vie. Cette commission est constituée des responsables des services de sécurité et de renseignements libanais, et d'un représentant de l'Ordre des avocats de Beyrouth.
Un certain nombre d'éléments sont à soulever concernant
cette commission :
Conclusion
Au vu de ces éléments, de la violation délibérée du Liban de tous les engagements qu'il a pris au niveau international, et l'inaction qui caractérise l'attitude du gouvernement libanais au plan local, nous sollicitons l'intervention du groupe de travail sur les disparitions forcées auprès du gouvernement libanais pour que ce dernier :
D'autre part, au vu des preuves existantes quant à la présence d'une partie des personnes disparues au Liban dans les prisons syriennes, nous sollicitons l'intervention du groupe de travail sur les disparitions forcées auprès du gouvernement syrien pour que ce dernier :
Enfin, je profite de cette audience pour vous demander avec la plus grande insistance l'envoi d'un rapporteur spécial sur les disparitions forcées au Liban, car nous estimons que les familles des quelques 17000 disparus méritent que la communauté internationale se préoccupe de leur sort. D'autant plus que nous estimons à plus de 200 le nombre des personnes encore en vie, pour qui chaque jour supplémentaire en prison est une chance de moins d'en ressortir vivant.
PS : Rappel sur les détentions arbitraires en territoire israélien
et syrien
Une quinzaine de Libanais sont détenus illégalement en territoire
israélien.
Enlevés en territoire libanais au cours des hostilités libano-israéliennes,
ces détenus sont des otages dont la libération dépend
de l'organisation d'un échange de prisonniers entre le Hezbollah (qui
a enlevé 4 Israéliens) et Israël.
Environ 200 Libanais seraient détenus illégalement et au secret en Syrie. Comme nous l'évoquions ci-dessus, la détention de beaucoup ne peut pourtant pas être niée, au vu des preuves réunies par leurs familles (visites, documents officiels, témoignages). La Syrie reconnaît par ailleurs la détention de 95 autres Libanais ayant commis, selon les autorités syriennes, des crimes de droit commun en territoire syrien. Or, il est apparu aux organisations libanaises de défense des droits de l'Homme qu'au moins l'un d'entre eux a été arrêté au Liban pour des crimes commis en territoire libanais, puis transféré et jugé en Syrie.
Paris le 7 mai 2002
Wadih AL-ASMAR
Porte Parole du Mouvement SOLIDA