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Lettre ouverte au Président Syrien Bachar El-Assad
Paris, le 18 Octobre 2000.
Monsieur Le Président,
Les organisations de défense des droits de l'Homme signataires de cette
lettre sont vivement préoccupées par la situation des citoyens
libanais détenus arbitrairement en Syrie.
Depuis 1976, plusieurs centaines de citoyens libanais ont été
enlevés au Liban et transférés vers les prisons syriennes,
ou un grand nombre se trouve toujours détenu arbitrairement aujourd'hui,
au secret et dans de très mauvaises conditions, en contradiction flagrante
avec le pacte international relatif aux droits civils et politiques et les autres
traités internationaux auxquels votre pays et le Liban sont parties.
Après avoir longtemps nié ces détentions, les autorités
syriennes remettaient en mars 1998, 121 détenus libanais à la
justice de leur pays, reconnaissant par ailleurs maintenir 25 libanais en détention,
" accusés pour la plupart de collaboration avec Israël ",
sans toutefois préciser leurs identités et lieux de détention.
Plus récemment, au début du mois d'octobre 2000, les autorités
syriennes reconnaissaient en détenir " une cinquantaine ".
Au Liban, ce sont des centaines de familles, dont l'un des proches a été enlevé au Liban par les forces syriennes, qui attendent d'obtenir une réponse sur le sort qui lui a été réservé ou son lieu de détention. Certaines familles ont un droit de visite. Mais les autorités libanaises se refusent à soulever cette douloureuse question, considérant comme décédée toute personne disparue au Liban depuis plus de quatre ans !
Les familles des détenus libanais en Syrie, organisées et regroupées en " Comité des Familles de Détenus Libanais en Syrie " multiplient leurs actions au Liban et aux niveaux régional et international, en coopération avec nos organisations, demandant que justice soit faite. Cette année, elles ont participé à la Première Rencontre Euro-méditerranéenne des Familles de Disparus organisée par la FIDH à Paris (en février 2000). Récemment, au Liban, elles ont protesté contre l'injustice et l'indifférence dont elles sont victimes, allant jusqu'à exposer leur situation le 30 Septembre 2000 au Palais Présidentiel de Baabda.
La récente libération par la Syrie - au mois d'août 2000 - du Cheikh Hachem MINKARA, leader du Parti de l'Unification Islamique, disparu au Liban depuis 1985, nous permet d'espérer que les autorités syriennes se conforment à leurs engagements internationaux et mettent fin à la pratique des détentions arbitraires.
Nous vous demandons donc d'intervenir sans délai pour :
1. qu'une enquête soit menée sur le sort de tous les Libanais enlevés
au Liban et incarcérés en Syrie.
2. qu'une réponse soit apportée à toutes les familles de
Libanais détenus ou disparus du fait de la Syrie, pour que le lieu de
détention de leur proche soit révélé et qu'un droit
de visite leur soit accordé ou lorsque le décès a été
établi, pour que la dépouille leur soit remise.
3. que tous les Libanais détenus dans les prisons syriennes aient droit
à une défense effective et à des soins médicaux.
4. que tous les Libanais détenus en Syrie accusés de crimes commis
en territoire libanais soient remis à la justice de leur pays, seule
habilitée à juger de leur maintien ou non en détention.
Dans l'espoir de votre intervention, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, à l'expression de notre haute considération.
ACAT-France (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture)
Amnesty International-Section Française
FIDH (Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme)
Mouvement franco-libanais SOLIDA (Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement
- Paris)