![]() |
OPINION
Liban : la Justice au service du pouvoir |
Depuis 1990, c'est-à-dire depuis le supposé rétablissement d'un " état de droit " au Liban, le système judiciaire a beaucoup plus servi à éradiquer l'opposition qu'à garantir les droits des citoyens.
Une violation peut en cacher une autre
Une nouvelle stratégie consiste à camoufler une violation en en commettant une autre, de préférence une " énormité ", beaucoup plus médiatique, destinée à faire diversion dans l'opinion publique libanaise et internationale.
Démonstration :
En Août 2001, des opposants sont gravement passés à tabac
par les services de renseignements au cours d'une manifestation pacifique
devant le Palais de Justice de Beyrouth. Ils entendaient protester contre
une vague d'arrestations aveugle dans les rangs de l'opposition. Des centaines
de personnes sont alors détenues arbitrairement.
Tollé général : le monde entier a les yeux rivés
sur ces violations massives des droits humains, et les interventions internationales
se multiplient. Et bien sûr, lorsque quelques semaines plus tard, la
quasi-totalité des détenus est relâchée, le monde
pousse un grand " ouf " de soulagement, et pense que la Justice
a triomphé sur l'arbitraire.
Pourtant il n'en est rien. L'arrestation " dans la masse ", -et
la condamnation arbitraire- d'un opposant, Toufic EL HINDI (conseiller politique
des Forces Libanaises) et de deux journalistes, Habib YOUNES et Antoine BASSIL,
se sont faites d'une manière relativement discrète. Et ces trois
personnes sont toujours détenues, condamnées par le tribunal
militaire pour collaboration avec l'ennemi israélien (cette accusation
est appliquée systématiquement aux opposants) sur la base d'aveux
vraisemblablement extorqués.
Au même moment et en toute discrétion la Chambre des Députés
en profitait pour revenir sur la réforme de la procédure pénale
en remplaçant les articles les plus progressistes par d'autres, constituant
au contraire une régression en matière de droit.
Le 24 Septembre 2002, le procureur général près de la
Cour de Cassation, Adnane ADDOUM a chargé les services de sécurité
de " collecter des informations sur les Libanais et des non-Libanais
qui ont établi, ou encouragé des contacts avec l'ennemi israélien
afin de l'inciter à mener des actions hostiles au Liban " et sur
" ceux qui ont eu au Liban des activités portant atteinte à
la sécurité, au prestige de l'État et à son statut
financier, et qui ont provoqué des dissensions confessionnelles ".
Il a également demander de rechercher " si des personnes ont eu
des activités ou tenu des réunions non autorisées par
le gouvernement et susceptibles de faire du tort au Liban et à ses
relations avec des pays frères arabes ". Sans précision
sur ce que signifiait en particulier une " atteinte au prestige de l'Etat
", l'opposition libanaise s'est évidemment sentie visée.
Et l'ébullition suscitée par la menace d'une nouvelle vague
d'arrestations et de procès politiques a fait tomber dans l'oubli l'affaire
de la MTV qui, ac
cusée d'avoir violé l'article 68 de la Loi électorale
en juin 2002, et suite à une décision du tribunal des imprimés,
a été abusivement fermée par la force le 4 Septembre.
Le " climat " plus important que le sort des citoyens
Revenons sur les propos du Procureur ADDOUM : considérant qu'un "
climat anormal " prévalait dans le pays, celui-ci a jugé
que le Parquet devait s'auto saisir de cette " affaire " (si l'on
peut considérer un " climat anormal " comme une affaire)
puisqu'elle est suffisamment grave pour justifier son intervention.
Soit.
Ce que l'on constate toutefois, c'est que le Parquet ne s'est jamais " auto saisi " de la question des 17000 disparus de la guerre du Liban, ni des dossiers des citoyens qui ont disparu après, au vu et au su de la Justice libanaise. Peut-être l'affaire des militaires et des prêtres libanais enlevés par les forces syriennes il y a 12 ans, en Octobre 1990, n'est-elle pas assez grave pour que le Parquet s'en saisisse ? Peut-être la disparition de Boutros KHAWAND il y a tout juste 10 ans, le 15 Septembre 1992, ne mérite-t-elle pas une enquête approfondie ?
Non, les services de sécurité se doivent d'améliorer le climat. C'est la nouvelle tâche qui leur incombe, certainement beaucoup plus importante que d'empêcher les enlèvements, les attentats à la bombe et à la voiture piégée en plein cour de Beyrouth, et plus importante que d'arrêter les assassins de Ramzi IRANI.
J'en passe, et des meilleures. Mais peut-être devrais-je m'arrêter là, avant d'être accusée de porter atteinte au prestige de l'Etat.
Marie DAUNAY
Présidente du Mouvement SOLIDA
(Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement)
Paris, le 3 octobre 2002
=============================================
Mouvement franco-libanais SOLIDA
(Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement)
28, Avenue des Princes
93460 - GOURNAY SUR MARNE / France
Tel : (33) 01 43 05 68 67
e-mail : solida@solida.org
site Internet: www.solida.org
============================================