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Lettre ouverte au Général Ali Hammoud Ministre de l'Intérieur Syrien |
Monsieur le Ministre,
Suite à vos déclarations au sujet des Libanais détenus et disparus en Syrie, rapportées par Monsieur Ali Khalil dans le journal An Nahar du 5 juillet 2003, nous tenons à vous faire part de nos observations.
Vous avez dit regretter " la tentative de certains d'essayer d'entacher l'image de la Syrie (…) ". Or, le mouvement SOLIDA (Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement) suit un certain nombre de cas de détention en Syrie qui constituent des violations flagrantes des droits de l'Homme (enlèvements, extraditions illégales, détentions au secret), et ce sont ces pratiques qui entachent l'image de la Syrie, et non les activités de ceux qui les dénoncent.
Vous ajoutez qu'" une commission a été créée au Liban sous la Présidence de Fouad Saad, en charge d'étudier cette question, et s'il y avait des Libanais disparus au Liban pendant les évènements, pourquoi certains essaient d'insinuer qu'ils se trouvent dans les prisons syriennes ? ".
Malheureusement la commission en charge de cette question n'a rendu public aucun rapport. Toutefois un membre de cette commission a déclaré à la presse il y a un an que 96 dossiers de Libanais détenus en Syrie avaient été constitués par ladite commission. Il ne s'agit pas d'insinuations. Par ailleurs, nous savons pertinemment que la Syrie ne saurait être tenue pour responsable des milliers de disparitions survenues sur le territoire libanais, les milices libanaises, et Israël, en étant en grande partie responsables. Toutefois nous avons des cas bien documentés de Libanais, aujourd'hui détenus en Syrie, qui ont été enlevés par l'armée syrienne ou remis par des milices libanaises à l'armée syrienne. D'autre part des dizaines de Libanais ont disparu au Liban après le démantèlement des milices, dans des zones sécurisées par l'armée syrienne, et ont par la suite été localisés dans les prisons de votre pays. Seule une petite partie d'entre eux a pu bénéficier des vagues de libérations.
Nous nous permettons d'ailleurs d'attirer votre attention sur le cas de Georges Chalaweet qui est détenu en Syrie depuis 1994 et maintenu au secret depuis 1998. Sa détention a été déclarée arbitraire par le groupe de travail sur la détention arbitraire de l'ONU.
Vous dites également : " j'ai reçu un groupe de SOLIDA et de parents de quelques disparus, et la mère de l'un d'eux, qui s'appelle Sonia Eid, m'a appris qu'elle avait rendu visite à son fils dans l'une des prisons syriennes. J'ai promis à la délégation d'enquêter, et de m'occuper de cette question qui devrait être traitée entre les gouvernements libanais et syrien ".
En juillet 2002, SOLIDA n'a pas participé à votre rencontre avec les familles de détenus, et notre organisation avait fait ce choix pour favoriser un échange franc et vous donner une garantie de discrétion si nécessaire. Les familles de disparus sont sorties pleines d'espoir de cette rencontre, persuadées qu'après avoir entendu leur souffrance, vous ne pourriez que les aider dans leurs recherches. Or vous n'avez apporté aux familles aucune des réponses promises dans les deux à trois mois, et vous les avez injustement éconduites le 2 novembre 2002, alors qu'elles avaient préalablement pris rendez-vous avec vous.
Nous sommes toutefois heureux de nous apercevoir que vous vous souvenez du cas de Jihad Eid, le fils de Madame Sonia Eid, dont la détention en Syrie n'est plus à prouver, et qui dès le début de sa détention a été déféré devant le juge d'instruction Ahmad An Naassan. A son sujet, un ancien détenu a même attesté devant la commission de Monsieur Saad qu'il était détenu avec lui.
Nous sommes surpris que vous considériez que cette question devrait être traitée entre les gouvernements libanais et syriens car cela contredit totalement les déclarations du Premier Ministre syrien, rapportées le 15 juin 2003 par le député européen Monsieur Sami Naïr, selon lesquelles il existe un recours possible auprès du Président Assad, " qui, saisi par les familles et les associations, peut utiliser son droit de grâce ".
Puis vous vous dîtes " surpris qu'une délégation de SOLIDA vienne il y a deux semaines pour rencontrer le président Assad et d'autres responsables sans rendez-vous". Nous tenons à vous préciser que lorsque SOLIDA, l'association SOLIDE (Support Of Lebanese In Detention and Exile) et le Comité des Familles de Détenus Libanais en Syrie sont entrés en Syrie le 9 juin 2003, ils avaient préalablement demandé un rendez-vous avec le Président Bachar El Assad, et cette demande n'a toujours reçu aucune réponse, malgré notre insistance.
Monsieur le Ministre,
La détention au secret de Libanais en Syrie ne peut plus être
niée. Son caractère arbitraire non plus.
Ce que nous ignorons ce sont les charges retenues contre eux ; seules les
autorités syriennes les connaissent.
Il est temps, dans l'intérêt des détenus et de leurs familles,
et aussi dans l'intérêt de la Syrie, de mettre un terme au tabou
qui pèse sur cette question, et de tourner la page en accédant
aux demandes des familles de détenus et de disparus libanais en Syrie.
Recevez, Monsieur le Ministre, l'expression de nos cordiales salutations.
Paris, le 6 juillet 2003
Le Mouvement SOLIDA
(Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement)