Lettre ouverte au Président Jacques Chirac

Paris, le 13 octobre 2004

Monsieur le Président,

A l'heure où la France, conjointement avec les Etats Unis, tente de trouver une solution aux problèmes politiques du Liban, le mouvement SOLIDA (Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement) est gravement préoccupé par le sort des Libanais détenus en Syrie dont la situation ne nous paraît pas suffisamment évoquée pour garantir une solution humaine à ce drame.

D'après les témoignages, on estime à au moins 200 personnes le nombre de " disparus " libanais qui seraient toujours détenus au secret dans les prisons syriennes. Ces détenus et leurs familles sont doublement victimes : victimes, tout d'abord, d'un crime commis par la Syrie, l'un des crimes les plus odieux qui soit, celui de faire disparaître des personnes ; victimes, ensuite, de la complicité inhumaine et impitoyable des autorités du Liban, qui n'hésitent pas à déclarer décédées des personnes qui ensuite sont retrouvées vivantes en détention en Syrie.

Nous nous demandons si ces détenus et leurs familles, doublement victimes, ne seront pas sacrifiés une nouvelle fois par la communauté internationale, à l'instar de ce qui s'est passé en Irak, où rien ne semble avoir été tenté pour empêcher que le régime irakien, au moment même où il était renversé, n'exécute les " disparus " qui croupissaient dans ses prisons. Ces crimes atroces ont ôté définitivement tout espoir aux familles des disparus irakiens de revoir les leurs vivants, et symboliquement c'est l'espoir de tout un peuple en un meilleur avenir qui a été anéanti.

Les détenus libanais en Syrie ne sont ni un enjeu ni une cause politiques. C'est une cause humaine, un enjeu humanitaire. Les revoir un jour représente un immense espoir pour leurs familles, et pour toutes les personnes de leurs entourages. Symboliquement, une intervention efficace pour leur libération représenterait un signe fort, celui que la vie humaine a une valeur réelle et ne saurait être sacrifiée à d'autres intérêts.

Monsieur le Président, nous vous supplions d'intervenir sans délai pour sauver la vie des détenus libanais en Syrie tant qu'il en est encore temps.

Dans cet espoir, recevez, Monsieur le Président, l'expression de nos respectueuses salutations.

Marie DAUNAY
Présidente de SOLIDA