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ABOLIR LA PEINE DE MORT AU LIBAN |
Le mouvement SOLIDA (Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement)
est vivement préoccupé par la reprise des exécutions
capitales au Liban après une suspension de cette pratique de plus de
5 ans.
Actuellement une trentaine de personnes condamnées au Liban à
la peine capitale attendent leur exécution. Trois pourraient être
exécutées dès le 17 Janvier 2004. Sans contester la réalité
des crimes commis par ces personnes, et sans nier la souffrance qu'elles ont
pu causer à d'autres, SOLIDA n'en demeure pas moins préoccupé
par le fait que le Liban s'apprête à leur infliger ce châtiment
irrévocable, et appelle toutes les autorités concernées
à prendre conscience de la nécessité d'abolir définitivement
la peine de mort au Liban.
Cinq bonnes raisons d'abolir la peine de mort (d'une façon générale)
:
1. Il s'agit d'une violation du droit à la vie reconnu par l'article
3 de la Déclaration Universelle des droits de l'Homme.
2. Peut-on punir le mal par le mal ? C'est souvent parce qu'elles ont atteint
à la vie d'autrui que ces personnes sont jugées, et leur condamnation
à mort viole alors leur propre droit à la vie, autrement dit
on punit le mal par le mal…
3. En tant que défenseurs des droits humains, nous ne pouvons que constater
que la condamnation à la peine capitale et la détention qui
s'ensuit constituent des traitements inhumains et cruels, et violent donc
l'article 5 de la Déclaration Universelle des droits de l'Homme.
4. D'un point de vue statistique, la peine de mort n'est pas dissuasive, et
son abolition dans beaucoup de pays ne semble pas avoir eu d'influence sur
la criminalité.
5. Il existe toujours le risque d'exécuter un innocent.
Le Liban et la peine de mort :
La mort du coupable est-elle un soulagement pour les familles des victimes
? Est-elle plus bénéfique psychologiquement qu'une condamnation
à une longue peine du criminel? Rien n'est moins sûr ; le plus
important n'est-il pas d'arrêter le coupable, de prévenir la
récidive et d'accompagner les victimes?
Pour ce qui est d'arrêter les coupables, on peut dire qu'au Liban cela
dépend… de la victime ! Car si la victime est une " bonne "
victime aux yeux des autorités, son assassin sera activement recherché
et très souvent arrêté. Mais si la victime dérangeait
quelque peu le pouvoir, comme le faisait par exemple Ramzi Irani, militant
des Forces Libanaises assassiné en mai 2002, d'emblée le coupable
n'est pas recherché. Inutile de se demander pourquoi.
Ensuite, au Liban, les criminels qui sont arrêtés et condamnés
à mort ne le sont pas pour le bien-être des familles de leurs
victimes, ni pour celui de la société, ils le sont pour de pures
raisons médiatiques. Un exemple effrayant est l'exécution publique
de deux criminels qui a eu lieu à Tabarja en 1998 au cours de laquelle
deux cambrioleurs ont été pendus devant tout un village, pour
des raisons électorales évidentes. Il apparaissait d'ailleurs
que si l'un d'eux s'était rendu coupable d'un homicide au cours d'un
cambriolage, l'autre s'était quant à lui enfui avant le meurtre.
Dans ce cas, faut-il exécuter tous les voleurs ? Bref, cette exécution
publique a eu pour principal effet de traumatiser gravement les enfants qui
y ont assisté, lesquels se sont ensuite, pour certains, livrés
à des tentatives de strangulation sur leurs camarades d'école…
A méditer…
Enfin au Liban les erreurs judiciaires, ou plutôt les violations des
droits des accusés, font qu'il existe un risque énorme d'exécuter
des personnes qui n'auront pas eu droit à un procès équitable
- prenant par exemple en considération leur état mental, ou
qui n'auront pas pu faire appel de la condamnation, comme cela arrive souvent.
Le droit à un procès équitable, tel que prévu
par le pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel
le Liban est partie, est en effet régulièrement et gravement
bafoué.
Il est temps pour le Liban d'abolir la peine de mort.
Paris, le 19 janvier 2004.