LETTRE OUVERTE

au Président Syrien Bachar EL ASSAD

Monsieur Le Président,

Le mouvement franco-libanais SOLIDA (Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement), qui travaille notamment sur la question des Libanais détenus arbitrairement en Syrie, souhaite réagir aux propos que vous avez tenus dans votre interview au journal " Le Figaro " en date du 23 Juin 2001.Vous avez déclaré, à juste titre, qu' " un pays n'a pas intérêt à entasser des hommes dans ses prisons. Ni politiquement, ni socialement, ni culturellement. "
Or, on déplore aujourd'hui précisément qu'un nombre indéterminé (mais au moins égal à 200) de Libanais sont détenus arbitrairement dans les prisons syriennes, après avoir été enlevés au Liban à différentes occasions. Leur détention, inhumaine et souvent accompagnée de tortures et de mauvais traitements, contrevient notamment aux articles 10 et 11 de la Déclaration Universelle des droits de l'Homme et à l'article 14 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques.
Vous ajoutez que " certaines circonstances imposent ce genre de choses. "
Sans parler de l'état d'urgence, qui depuis des années permet les plus graves violations des droits des habitants de la Syrie, nous ne pouvons que nous interroger sur les circonstances qui justifieraient le maintien en détention, en territoire syrien, de citoyens libanais. Aujourd'hui, leur libération ne saurait en effet nuire ni à la sécurité du Liban et ni à celle de la Syrie, encore moins à la politique syrienne, au Liban et au niveau international. Et quand bien même ces personnes auraient commis des crimes au Liban, le respect des accords internationaux voudrait qu'elles soient déférées devant les tribunaux compétents, c'est-à-dire remises à la Justice Libanaise.
Sachant que vous jugez " naturel que l'Etat envisage la libération de tous les prisonniers ", nous vous demandons une nouvelle fois la libération ou le rapatriement de tous les Libanais détenus arbitrairement en Syrie, dont aucune loi, aucune circonstance, ni même aucun intérêt, ne justifie la détention.
Recevez, Monsieur le Président, l'expression de nos meilleures salutations.

Paris le 24 juin 2001