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Détenus Libanais en Syrie
: Non, le dossier n'est pas clos !
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Les autorités libanaises tentent vainement d'étouffer
la question des Libanais détenus en Syrie.
Contradictions permanentes entre les déclarations syriennes et libanaises.
Depuis 1990, les différents régimes qui se sont succédés au Liban ont tout fait pour étouffer la douloureuse affaire des Libanais détenus en Syrie, tentant d'en faire une question politique. Les organisations de défense des droits de l'Homme et même les familles des détenus furent donc constamment harcelées, et accusées d'exploiter cette question dans le but de nuire aux intérêts de la Syrie au Liban, voire de servir les intérêts d'Israël. Comment peut-on faire ce procès à des organisations de défense des droits de l'Homme, qui, comme Amnesty International, ont constamment œuvré à la libération des Libanais détenus par Israël, et à la défense des droits du peuple palestinien ? Et comment peut-on accuser des familles de détenus, dont le seul souhait est souvent d'obtenir le droit de visiter un proche détenu, de servir des intérêts politiques ?
En 1996, Elias HRAOUI, alors Président de la République au Liban, avait quant à lui essayé d'en faire une question religieuse. Dans une conférence de presse, il déclarait que 210 Libanais étaient détenus en Syrie, précisant qu'il s'agissait de 200 musulmans et de 10 chrétiens, - comme si la représentation religieuse parmi les Libanais détenus en Syrie avait la moindre importance, pour les familles des détenus, comme pour les organisations de défense des droits de l'Homme. Ces précisions prouvent simplement que le Président était bien informé sur ses concitoyens détenus. Pourtant, par la suite, celui-ci s'est toujours refusé à répondre à toute question sur leur identité, les lieux et les motifs de leur détention.
En 1998, alors que les autorités libanaises continuaient de traiter cette question par le mépris et les menaces, le Président syrien Hafez EL-ASSAD libérait 121 détenus libanais des prisons syriennes et reconnaissait que 25 autres, accusés de " collaboration avec Israël ", resteraient en détention en Syrie. Malgré la totale illégalité de cette décision syrienne, les autorités libanaises n'ont pas réagi à cette annonce, et n'ont apparemment entrepris aucune démarche visant à connaître l'identité, les lieux de détention et les condamnations éventuellement prononcées en Syrie à l'encontre de ces personnes. Pourtant, la Justice Libanaise est habilitée à juger les personnes accusées d'avoir collaboré avec Israël ; les prisons libanaises sont d'ailleurs pleines de prisonniers condamnés pour ce motif ! Loin de réclamer le transfert au Liban des détenus, les services de renseignements libanais se sont au contraire acharnés à faire taire leurs familles, leur imposant interrogatoires et perquisitions et ne cessant de leur faire des promesses mensongères.
En janvier 2000, une commission d'enquête a été constituée au Liban, visant à résoudre la question des 17000 disparus de la guerre libanaise. La commission, composée uniquement de représentants des services de sécurité libanais, était tout d'abord chargée de recenser les disparus. Dans de nombreux cas de disparitions, les forces armées syriennes sont responsables des enlèvements. Or, beaucoup des familles de ces disparus ont rapporté le fait que leur demande a été considérée comme irrecevable ! Quelques 168 cas de personnes présumées détenues en Syrie ont quand même été pris en compte par la commission d'enquête. Concernant ces dossiers, cette dernière a reconnu ne pas être intervenue auprès des autorités syriennes, affirmant que des contacts avaient été entrepris auprès "d'officiels libanais proches de la Syrie" (!) qui auraient affirmé qu'aucun libanais ne se trouvait détenu en Syrie.
Cette déclaration de juillet 2000 fut contredite à peine un mois après, par la libération du Cheikh Hachem MINKARA, un des responsables du Parti de l'Unification Islamique de Tripoli, détenu illégalement en Syrie depuis 1985. Malgré cela, les autorités libanaises continuèrent leurs pressions sur les familles de détenus, convoquant plusieurs dizaines d'entre elles en septembre 2000 au siège de la Police Militaire de Beyrouth, afin de leur demander de déclarer leurs proches décédés. A notre connaissance toutes les familles convoquées en septembre ont refusé cette déclaration de décès, la plupart d'entre elles disposant d'informations suffisantes pour prouver la détention de leurs proches en Syrie.
De même cette déclaration des autorités libanaises de juillet 2000 fut à nouveau démentie par les autorités syriennes elles-mêmes en octobre 2000, qui affirmèrent alors détenir "une cinquantaine" de Libanais.
C'est dans ce contexte qu'est intervenue la décision du Président syrien Bachar El-Assad de libérer des Libanais, le 16 Novembre 2000. Cette annonce donna lieu à toutes sortes de rumeurs au Liban, largement alimentées par différents hommes politiques libanais, sans aucun égard pour les centaines de familles de détenus dans l'attente, dont la vie est quotidiennement ruinée par la disparition de l'un des leurs. Ce douloureux épisode d'attente pour les familles de détenus s'est achevé hier, non sans une ultime touche d'humiliation: les familles de détenus avaient attendu toute la journée du 11 Décembre à la frontière libano-syrienne le retour des détenus -toujours non-identifiés- dans des cars de l'Armée Libanaise, partis dès le matin les chercher à Damas. Les cars ne sont rentrés au Liban que durant la nuit, les 54 détenus transférés avaient les yeux bandés afin d'éviter toute reconnaissance entre ceux-ci et leurs familles, et ils furent immédiatement placés en détention dans les locaux du Ministère de la Défense libanais. Leur identité devait alors être révélée le lendemain matin par le procureur général Adnane Addoum. Celui-ci a décidé de repousser la diffusion des noms des personnes transférées à l'après-midi!
La conférence de presse de Monsieur Addoum, le 12 Décembre
à 14h., couronne un triste record d'acharnement à l'encontre
des détenus et de leurs familles. Ayant (enfin) rendu publique la liste
des personnes transférées, il affirma que suite à ces
libérations, aucun détenu politique Libanais ne restait dans
les prisons syriennes où seuls se trouvaient 80 à 85 Libanais
détenus pour des crimes " de droit commun ", et que ceux-ci
purgeraient leurs peines en Syrie. Mais le procureur s'est-il interrogé
sur la légalité de leur détention en Syrie ? sur les
conditions de leurs jugements (au secret ? sans avocat ?) ? sur leurs conditions
d'interrogatoire et de détention ?
Par ailleurs, ces affirmations contredisent totalement la déclaration
du président syrien qui affirmait à son homologue libanais,
le 6 Décembre 2000, la volonté syrienne de rapatrier "
tous " les Libanais détenus en Syrie.
Rappelons que plusieurs Libanais toujours détenus en Syrie - pour des
raisons politiques -, bien connus des organisations de défense des
droits de l'Homme, reçoivent régulièrement des visites
de leurs familles. C'est le cas par exemple de Georges Ayoub Chalaweet , de
Toni Gergès Tamer, de Najib Jaramani ou encore de Joseph Houeiss. Par
ailleurs, beaucoup de familles disposent d'informations émanant de
l'armée libanaise ou parfois du Président libanais lui-même,
voir de documents officiels libanais et syriens, leur permettant d'établir
avec certitude la détention des leurs en Syrie.
Mais le procureur, quant à lui, considère que ses concitoyens
disparus sont morts durant la guerre au Liban, et que " les parents doivent
se résigner ". Le problème est que des Libanais ont continué
à disparaître sur le territoire libanais bien après la
fin de la guerre… et les parents des disparus ne pourront " se résigner
" que lorsqu'ils obtiendront une réponse des autorités
libanaises sur le sort des leurs. Aucun pays ne peut se tourner vers son avenir
en laissant mourir des êtres humains en prison.
Alors, non, le dossier des Libanais détenus en Syrie n'est pas clos.
Il est au contraire du devoir de l'Etat libanais de réclamer aux autorités syriennes le rapatriement au Liban de tous ses ressortissants, et les corps de tous ceux qui ont perdu la vie dans les prisons syriennes. Tout en tenant les autorités syriennes pour responsables de la sécurité physique et psychologique des Libanais toujours détenus en Syrie, nous considérons que les autorités libanaises sont quant à elles coupables de " non-assistance à personne en danger " tant qu'elles ne prennent pas leurs responsabilités dans ce dossier, qu'il est inutile de vouloir clore avant même de l'avoir ouvert.
Marie DAUNAY, Présidente de SOLIDA
13/12/2000